Le Jeu des billes de verre

OUVERTURE 1

POUR UNE RAISON QUE J’IGNORE COMPLETEMENT

Pour une raison que j’ignore complètement
j’ai tout à coup désiré écrire une fable mêlant érotisme et
surnaturel. Que dire de plus ? Tout ce que je sais c’est
que j’ai eu beaucoup de plaisir à l’écrire…

Et qu’il est par conséquent possible qu’il existe
des personnes qui trouveront quelque contentement à le lire.
 

Le Jeu des billes de verre.

1-

La littérature érotique a ceci de commun avec le sexe : c’est d’être une fantaisie.

Ce petit livre n’a d’autre but que de poursuivre cette tradition. Chaque époque a ses mœurs. Celle d’aujourd’hui a ceci de particulier : le sexe gratuit et anonyme via Internet…

 Devenu produit de consommation comme un autre.

La sexualité dont il est question ici est celle de la génération précédente : du temps où le qualitatif primait sur le quantitatif. Où le but n’était moins de jouir comme des bêtes que de rechercher une aventure palpitante.

Racontée du point de vue de femmes qui « ont vu du pays » (comme on dit dans la Légion) et ont fini par « se ranger des balais » (comme on cause au service propreté de la ville de Paris). Aucune ne cherche comme leurs mères qui ont connu la libération sexuelle des années 1970’s – à défier la morale ou à braver les conventions… Mais à jouer avec !

Si elles sont mariées ou en concubinage c’est par compromis et pour pouvoir souffler !

C’est qu’elles ont dû ramer dur pour trouver chaussure à leur pied : les qualités et les caprices que l’on trouve adorables chez un amant de cœur ne sauraient satisfaire les besoins de la vie domestique. Si elles ne cherchent pas à rompre avec leur « régulier » (surtout pas !) c’est qu’elles ont compris que la durée est une valeur sûre.

Pas question ici de s’affranchir d’un conjoint… Compagnon idéal peint sous les traits ce celui qui-ne-veut-pas-savoir ou fataliste. D’un tempérament débonnaire les rares fois où il se mêle des affaires de sa compagne… c’est pour l’exhorter à ne pas dépasser certaines limites et la protéger contre elle-même.

Cette dernière s’en tire alors en jouant les ingénues ou par une pirouette verbale : ça m’apprendra à « rendre service ! »

 Pas question d’inverser les rôles ou de jouer les aventurières comme la chèvre de Monsieur Seguin. Dans les rares occasions où l’énamouré essaie de s’approprier l’objet de son désir la réaction de l’intéressée est immédiate : retour direct au bercail !

 Éros et les valeurs pratiques font bon ménage.

 La leçon à tirer est assez éloignée de la dure réalité du sexe : les sourires et les plaisirs pour l’amant / pour le mari les devoirs et la soupe à la grimace. Ici pour l’officiel c’est tout bénef ! Libéré dans un premier temps des corvées charnelles… il finit par être émoustillé par les exploits de sa régulière et retrouve sa libido !

 Perdue pour cause de monotonie et de damnation conjugale.

 Pour comprendre les tenants et les aboutissants pas besoin de faire appel au Docteur Freud… Tout ce bazar découle directement de fonctions naturelles : respirer / s’alimenter / déféquer / forniquer.

un être humain ça se résume…

 

Ill. Florence : Santa Maria Novella (Sainte Marie la Nouvelle).

 

2- Le Jeu des billes de verre est (aussi) un hommage appuyé au Décaméron de Boccace. Œuvre fondatrice de la littérature européenne.

1348 : des jeunes gens qui se sont retrouvés à Sainte Marie la Nouvelle fuient la ville de Florence ravagée par la peste et se rendent dans un lieu « situé sur une montagnette, de tous côtés à l’écart des routes ». Pour tuer le temps ils improvisent une sorte de concours d’éloquence. Fonction d’un thème déterminé à l’avance par un d’entre eux désigné « roi ou reine du jour ».

Quand on fait le bilan tous ont rapport à la libido :

Jour « où l’on parle des tours que les femmes jouent aux hommes et vice versa » / Jour « où l’on parle des fins heureuses des amours tragiques » / Jour « où l’on parle de ceux qui agirent en amour avec libéralité ou magnificence » / Jour « où l’on parle de ceux qui évitent dommage danger ou honte par l’usage d’une prompte réplique. » Etc.

Éros et thanatos : pour oublier la peste en train de décimer Florence… quoi de mieux qu’une bonne histoire de fesses ?

En 2020 la peste noire a été remplacée par une pandémie de coronavirus. Et les cordons militaires pour interdire aux pestiférés de quitter la ville par une interdiction télévisée de sortir de chez soi. Pour la moitié de la population de la planète.

L’expression « mise en quarantaine » a été rendue caduque par « mise en quatorzaine ». L’injonction « restez chez vous bande de connards ! » par un mot approprié : confinement. Et les jeunes florentins de bonne famille commués en membres d’une association de cadres dirigeants parisiens sur le point de se rendre à un séminaire professionnel organisé dans l’abbaye de Loc Dieu.

A ceux « que rien ne retient » à Paris (enfants / fleurs à arroser etc.) il est proposé d’amener leurs conjoints. A l’arrivée la Présidente du Club s’emploie à organiser les soirées : les hommes s’occuperont des apéros / les femmes de l’animation en racontant des histoires…

Devinette : des histoires de quoi ?

 

Ill. L’époux-roi / le valet-amant / et la reine-de-cœur.

 

3-

Au hasard : des histoires de cul ! ®langage universel et tradition bien établie dans ce genre de réunions professionnelles aux soirées alcoolisées (très-très). A Loc Dieu on s’accorde sur « la règle de trois » : celle des jeux de cartes ®l’époux-roi / le valet-amant / et la reine-de-cœur.

Ce qu’on appelle dans le langage courant un ménage à trois.

Situation coutumière et passage obligé dans la vie des « couples qui durent ». Ici pas question d’en faire un fromage. Comme dans les contes de fées… l’essentiel est que – pour la plus grande satisfaction des protagonistes – cela finisse bien !

Dans les romans libertins la bonne humeur est de mise.

Le dernier jour est réservé à une surprise de taille : au jeu des billes de verre blanches et noires…

À chacun de tirer ce qu’il souhaite de ce foudroyant récit : un simple amusement ou une terrible morale. Dans les deux cas j’aurai atteint mon but. Quant à vous… cher lecteur je vous souhaite tout le bonheur et toute la joie du monde.

À bon chat bon rat !

 

OUVERTURE 2

• Extrait

PREMIERE PARTIE : L’ABBAYE DE LOC DIEU

Les pratiques sexuelles sont banales,
et cette pauvreté est disproportionnée
à l’émerveillement du plaisir qu’elles procurent
.

Roland Barthes.

La forme la plus courante du bonheur
consiste à ignorer que l’on n’est pas heureux.

Jacques Serguine

 

III. Je l’appelle Nès à cause du Nescafé NES 100% fine mousse.

I – NE VOUS RENDEZ JAMAIS A UNE CURE DE SILENCE

 

Tout le monde a besoin de nourriture et de sommeil.
Les histoires sont une nécessité pas un luxe.

Björk

 

III. Le soulier couleur rose (Larrivaz)

 

– Tu sais pas où est passée ma chaussure rose ?
– Bé non… comment veux-tu que je le sache !

Que serait le monde sans mystère ? Les devinettes… si on connaissait d’avance les réponses ! Mais nous n’en sommes pas là. Le meilleur moyen de raconter une histoire est encore de commencer par le début sans se préoccuper de la fin :

UN DÎNER DE TÊTE

Invité l’an passé à un dîner de tête où l’on se rend avec conjoint…

Genre de réunion entre professionnels exerçant le même job ! où dès que l’on a épuisé le motif (à savoir échanger des tuyaux pour capter de nouvelles affaires et se lamenter sur le montant trop élevé des impôts sur le revenu) le reste de la conversation consiste à s’émoustiller en évoquant les histoires de cul… des absents ! Oublions le métier qui en fournit le motif. Il s’agit d’un de ces gagne-pain inutiles et coûteux ! pur produit d’une société devenue trop complexe. Job intellectuel ne nécessitant aucun matériel ni connaissances particulières : conseil en quelque chose.

Ce soir-là on accueillait une nouvelle recrue. Qui se pointa accompagnée de deux queues (c’est ainsi que l’on cause aujourd’hui à Paris lors des déjeuners entre copines). « Elle vit avec les deux ! » lâché par ma voisine de droite avait précédé ma question. Arrivés bons derniers « vous dis pas ! pour atteindre Porte maillot : une heure de bouchons » les trois repartent les premiers. Résidant en grande banlieue ils doivent libérer à minuit l’étudiante qui garde les marmots. Heure à laquelle il faut retrancher le temps de trajet. A Paris quand on est en retard il y a toujours un embouteillage imaginaire ou une place de stationnement introuvable à trouver / et quand on veut se tirer parce qu’on s’emmerde… il suffit d’évoquer quelque impératif indépendant de sa volonté.

Explications à la con qui n’en finissent pas ! faciles à résumer : rien à foutre !

Une fois barrés les convives se déchaînent : Occupent-ils son lit à tour de rôle ou baisent-ils ensemble à la queue leu leu ? En sandwich : l’un par-devant… l’autre par-derrière ! Pour l’entente cordiale les deux mecs s’enculent-ils à tour de rôle. Lequel est le père ? Ont-ils tiré à la courte-paille ? Songe-t-elle à en pondre un deuxième pour que chacun ait le sien ? La conclusion revient à *** : – Avec les deux sous-cons ça lui ferait quatre enfants à charge

Il n’y a pas de bonne conversation à Paris sans un peu de sexe et beaucoup de médisance (et inversement-réciproquement).

Pour comprendre le cocasse de la situation… il suffit de savoir que les effarouchés se connaissent bien. Sortent presque tous de l’Université Paris-Dauphine où ils ont fait côté cul… entre potes leurs classes. Quant aux nouveaux entrants (ou conjoints) ils ont eu droit à des cours de rattrapage… suite à ces soirées où l’on s’échange les numéros de téléphones portables sous prétexte de fournir un renseignement ou par artifice. Les motifs de ces adultères (mot vieilli tombé en désuétude) étant moins la passion que de créer une diversion. Sorte d’appel d’air pour tromper le train-train de la vie confinée en couple. Sans parler de l’usure qui en résulte.

Antagonistes avec l’amour et le sexe qui sont des fantaisies.

Parmi les attablés la plupart savaient qui-s’était-accouplé-avec-qui. D’autres faisaient semblant de ne pas savoir. La plupart ne s’en souciaient guère ou avaient oublié. Les mœurs que l’on pratique deviennent la norme. A l’inverse ceux qui opèrent différemment semblent être les auteurs d’une transgression intolérable. J’ai connu une femme mariée qui faisait la nouba. Variant les partenaires. Du jour où elle eut son premier marmot elle se replia sur son couple et devint plus fidèle que Pénélope. Insultant ses copines qui sur ses injonctions refusaient de devenir puritaines. Ayant cessé tout contact… fussent-ils téléphoniques avec ses anciens coéquipiers : and now is closed !

« Quel toupet ! » (cri de guerre poussé mentalement à l’arrivée du trio bras dessus bras dessous au dîner) traduit assez bien le sentiment unanime face à cette violation de la bienséance coutumière.

Lorsqu’une personne coupe la file à la caisse du supermarché pour se retrouver en première position on lui envoie un blâme et secrètement on l’envie. Rien de tel ici personne n’aurait idée de vivre ou de s’afficher avec mari et amant (mot obsolète) ! Pour la bonne raison que la clandestinité est l’intérêt et le poil à gratter de la chose. Faute de quoi il n’y aurait aucune différence avec la vie conjugale.

Et la corvée sexuelle qui lui est associée.

MES CHERS COMPATRIOTES CONS

Il est temps que je me présente : je ne suis pas convié à ce dîner à titre professionnel. Je fais partie de l’escorte…

J’accompagne Nès je l’appelle Nès à cause de la boîte métallique ronde de Nescafé Nès 100% fine mousse qu’elle lape consciencieusement au petit déjeuner – moi je suis plutôt chicorée / son vrai nom est Hélène nnnnnnnnnn.

J’accompagne Nès… dont la spécificité est :
1- De présider l’association regroupant les pros du Conseil (organisation des dîners de tête / week-end de baise travail / séminaire annuel).
2- De m’offrir le gîte et le couvert = condition sine qua non quand on est écrivain et qu’on se doit d’avoir pour devise : travailler c’est bon pour les gens qui n’ont rien à faire (de mieux !).
3- D’avoir baisé avec la quasi-totalité des membres du Club et une bonne partie de leurs épouses (en période de solde).

Ce qui me permet de bénéficier d’un ensemble de conseils pratiques. Pour être précis… du mode d’emploi exhaustif de ma copine : tu lui fais ça et ça.

Et après… elle devient folle !

N’ayant pas grand-chose à dire au cours des échanges business entre pros et encore moins à écouter ! je me contente de dévisager les convives. Les imaginant en train de passer leur queue dans la bouche de Nès… Se frayant un passage entre ses cuisses. Usant du même mode opératoire dans la cavité située au milieu de son derrière. A genoux devant le pékin assis à sa droite dont le péché mignon est la cravate de notaire : – Quoi ! tu… (avec XXXXX on se tutoie : quelque part il m’envie il aurait aimé comme moi être écrivain… il a fini dans le conseil !) tu n’as jamais entendu parler de la cravate de notaire… – Bé non. T’as appris ça où ? – A l’université de Dauphine. Heureusement que je suis là pour t’expliquer : elle adore.

Selon le mec en train de déguster un caneton Long Island rôti à la bigarade accompagné de pommes gaufrettes : sa position préférée est d’être prise en levrette. Ne voyant pas la tête de celui qui s’affaire… reliée à lui par les coups de boutoir elle peut dévider son crachoir [Salaud !] [Fumier !] [Charogne !] [Enculé de ta mère !] [Pauvre-pauvre con !] [Ordure !].
Vous avez l’air d’en connaître un rayon.
– Aucun mérite : j’ai appris « ça » à l’université de Dauphine !

Coûte rien d’essayer… exact ! Ma curiosité ne fut pas récompensée à hauteur de ce que j’attendais : lorsque je lui demandais pourquoi elle ne me disait pas toutes ces choses qui avaient l’air de lui tenir à cœur bien en face ! Elle se contenta de répondre que cela ne concerne jamais celui en train de lui défoncer le derrière. Qu’elle adresse ses déclamations à des modèles universels ou quelques démons intérieurs avec lesquels elle règle ses comptes à travers sa libido.

Docteur Freud n’aurait pas mieux parlé confronté à tant de compétences… difficile de ne pas être admiratif.

Ce n’est pas que je sois d’un naturel jaloux… Et puis zut ! autant dire la vérité : je suis d’un naturel jaloux. Disons que je me suis habitué. D’autant qu’elle avait des arguments. D’une logique imparable : – Ça ne compte pas ! mon gros Roudoudou : ce n’est que professionnel !

Présenté comme une façon d’élargir ses relations ou de se-dire-bonjour* en effet ! ce n’est pas à placer « sur le même plan. » Même si cela consiste à pratiquer les mêmes activités dans les mêmes orifices. En prononçant les mêmes paroles : – Encore ! Encore ! Encore !

Logique…

III. Restez chez vous ! bande de…

Tout ceci ne vaudrait sans doute pas la peine d’être rapporté sans ce lundi 16 mars 2020… et l’annonce par le Président de la République du Confinement (traduction : couvre-feu 24 heures sur 24) de tous les Français pour cause de pandémie mondiale de Coronavirus. Qui dura 55 jours :

« Mes chers compatriotes,
Le gouvernement a pris des dispositions fermes pour freiner la propagation du virus. Les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités sont fermés depuis ce jour. Les restaurants, tous les commerçants non essentiels à la vie de la nation ont également clôt leurs portes…

Un seul mot d’ordre : restez chez vous ! Bande de connards. C’est moi qui vous le dit !

Vive La République ! Vive Moi-moi ! Vive ma sœur Marie-France… Non c’est pas ça ! Je voulais dire : Vive la France !

Et tagada soin soin :

III. Tagada soin soin (hymne national).

»

Tout cela ne vaudrait sans doute pas d’être rapporté si… cette date fatidique n’avait correspondu au séminaire annuel de l’association des pros du Conseil dont Nès est présidente. Dans une abbaye située dans le Lot.

Qu’est-ce qu’on fait ? On annule ?

Nès a une meilleure idée (Nès a toujours de meilleures idées = sa meilleure ayant été de m’adopter en tant qu’animal de compagnie en remplacement de son chien qu’il fallait amener deux fois par jour pisser le long des trottoirs + attendre qu’il veuille bien faire sa crotte / et dont elle s’est débarrassée en le refilant un de ses ex en manque dont la compagne l’avait quitté) : ceux que rien ne retient à Paris se pointent comme pour les dîners avec conjoints. Pourquoi pas au choix ? – Toi commence pas… à m’embrouiller. « Trop compliqué ! » a répondu Nès à *** qui refusait de se confiner avec sa régulière. Inutile de préciser : Nès a horreur des situations complexes.

Les autres (ayant charge d’enfants / plans cul / fleurs à arroser etc.) sont dispensés.

 

LE SILENCE EST D’OR

 

Qu’est-ce tu fais avec ta main entre mes cuisses ?

III. tu me déconcentres…

– Je joue à la main chaude ! Pardi.
– Tu me déconcentres.
– C’est le but !
– Au cas où tu ne t’en serais pas aperçu nous sommes sur une autoroute.
– Vois pas en quoi cela t’empêche de conduire.
– Retire ta main d’entre mes cuisses …
– C’est pas interdit par le code de la route ! que je sache…
– Si tu t’ennuies mets la radio…
– A ton avis : combien de doigts ?
– Retire ton pouce.
– Perdu ! Alors ? deux ou trois…
– Fais pas chier !
– Pour t’aider à trouver je vais les faire gigoter les uns à la suite des autres. AAA…ATTENTION au camion ! Tu l’avais pas vu ?
– C’est pas possible… Ton père t’a fini à la pisse !
(retire sa main)
– Pour ton info : c’était trois.
Si t’as rien à faire : lis plutôt la documentation sur le lieu du séminaire.

«
L’abbaye de Loc Dieu a été désertée au moment de la Révolution française et les moniales soumises à des vexations avant d’être martyrisées sous le régime de la Terreur. Sainte Pauline du Cœur Agonisant de Jésus dernière abbesse de Loc Dieu (guillotinée en 1793) a été béatifiée le 16 octobre 2016 par le pape François. Qui en fit l’éloge :
 » Avant de se rendre sur le lieu de son supplice Pauline a pardonné à ses bourreaux et a prié pour le repos de leur âme. Dans la prison où elle était enfermée le temps que l’on décide de son triste sort on peut encore voir le chrisme qu’elle a gravé dans la pierre avec ses ongles« .

»

III. Gravé dans la pierre
avec ses ongles.

– Oh putain… J’y crois pas ! écoute ça Nès.

A suivre…

 

OUVERTURE 3

• Une forme et un mouvement littéraire

Plus facile d’attraper un singe
par la peau du cul
qu’un bon sujet pour écrire un livre

III. Le Diable de Papefiguière Conte de Jean de la Fontaine

 

CE NE SONT PAS LES MOTS QUI DOIVENT CHOQUER
MAIS LES CHOSES QU’ILS REPRESENTENT

Dès que l’on s’intéresse aux romans et aux contes érotiques ce qui frappe en premier c’est la mythologie qui les entoure alors qu’ils traitent de la chose la plus banale… la plus ordinaire à toutes les époques et dans toutes les sociétés…

Avec naître et mourir.
A l’origine de ce tintamarre la distinction culturelle entre trivialité dans la nature des choses et trivialité dans l’emploi des mots.

Fig. Bonnet blanc et blanc bonnet.

A LA FOIS LITTERAIRE
ET TRADITION PHILOSOPHIQUE

Le conte érotique tel qu’il a été planté au milieu du XIVe siècle avec Le Décaméron de Boccace (auquel il convient d’ajouter ses descendants directs : Les Contes de Canterbury de Chaucer et L’Heptaméron de Marguerite de Navarre) s’apparente au roman philosophique.

Dont le modèle le plus abouti est Candide ou L’Optimiste de Voltaire.

Il ne s’agit pas (seulement) de raconter une histoire trou-cul-bite ou de savoir ce qu’a pu trouver la main de ma sœur dans la braguette d’un zouave*. Ce qu’on appelle de façon imagée :

la littérature qui se lit d’une main*

Mais d’œuvrer dans une forme littéraire largement codifiée par son histoire.
Au milieu de « figures imposées » sans répéter les mêmes notes.

SANS RÉPÉTER LES MÊME NOTES

Ce qui réclame pas mal d’imagination… Parmi les inventions on notera :


. Un homme transformé en sofa racontant les parties de jambe en l’air dont il a été témoin (Crébillon)


. Une bague révélant la vie secrète des femmes (Diderot)


. Une lectrice qui prolonge la jouissance de lire sous le signe d’Eros (Raymond Jean)


. Une ingénue initiée aux affaires du sexe sous motif d’accéder à l’extase céleste (Boyer d’Argens)


. Ou le sexe qui parle… trouvaille de Frédéric Lanzac (pseudonyme de Claude Mulot) à l’âge d’or du film porno français.


Si d’aucuns prétendent illustrer une doctrine et ont pour ambition première de mettre en joie et de distraire… tous sont riches d’enseignements et rares sont ceux dont il ne ressort quelque terrible philosophie.

UN MOUVEMENT LITTÉRAIRE
QUI TRAVERSE LES SIÈCLES

Nombre d’écrivains fameux (pour le reste de leur œuvre) s’y sont essayés. Célèbres ou anonymes il s’agit avant tout – à travers ses conventions – de poursuivre une tradition.

Qui vient de loin …

XVIe / XVIIe SIÈCLE

L’Heptaméron de Marguerite de Navarre (1546-)
La vraie histoire comique de Francion de Charles Sorel (1623)
L’école des filles ou la Philosophie des Dames de Jean L’Ange (1655)
La Vie des dames galantes de Pierre de Bourdeille – seigneur et abbé de Brantôme (1666)
Contes et nouvelles de Jean de la Fontaine (1665 +)
Histoire amoureuse des Gaules de Roger de Bussy-Rabutin (1665)
L’Académie des Dames ou dialogues de Luisa Sigea de Nicolas Chorier (1670)
Le Rut ou la Pudeur éteinte de Pierre-Corneille de Blessebois (1676)
Venus dans le cloître ou la Religieuse en chemise de l’abbé Dupras (pseudonyme de l’abbé Barrin) ou Louis de Chavigny ? (1683).
Les Contes de ma mère l’Oye de Charles Perrault (1697)

XVIIIe SIÈCLE

Le Sopha (conte moral) de Claude-Prosper Jolyot Crébillon (1737)
Histoire de Don Bougre, portier des Chartreux de Jean-Charles Gervaise de la Touche ou abbé Charles de Noury (1741)
Sainte-Nitouche ou la Tourrière les carmélites d’Anne-Gabriel Meusnier de Querlon (1741)
Les confessions du Comte de *** de Charles Pinot dit Duclos (1742)
Les Lauriers ecclésiastiques ou les Campagnes de l’abbé de T*** de Charles Jacques de la Morlière (1747)
Thérèse Philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de Mademoiselle Eradice de Jean-Baptiste Boyer d’Argens (1748)
Les Bijoux indiscrets de Denis Diderot (1748)
L’Académie des dames de Nicolas Chaurier (1750)
Margot la ravaudeuse de Louis-Charles Fougeret de Monbron (1753)
Candide ou L’Optimiste de Voltaire (1759)
Le Pied de Françon ou le Soulier couleur-de-rose de Restif de la Bretonne (1768)
Point de Lendemain de Vivan Denon (1777)
Félicia ou Mes Fredaines d’André-Robert Andréa de Nerciat (1782)
Ma Conversion ou Le Libertin de qualité de Gabriel-Honoré Riquetti – conte de Mirabeau (1783)
Histoire de ma vie de Jacomo Casanova (1789 -)
Les Travaux d’Hercule ou la Rocambole la foutrerie d’Eustache Le Noble (1770)
Juliette ou la prospérité du vice de Donatien de Sade (1797)

Pascal Margat / Vénus à la fourrure

 

XIXe SIÈCLE

Gamiani ou deux nuits d’excès d’Alfred de Musset (1833)
20 ans la vie d’une jolie femme – anonyme (1830)
Les cent contes drolatiques d’Honoré de Balzac (1832)
La Vénus à la fourrure de Léopold von Sacher-Masoch (1870)
Le Vice suprême de Joséphin Péladan (1884)

XXe /XXIe  SIÈCLE

Les Onze mille verges de Guillaume Apollinaire (1907)
Trois filles et leur mère de Pierre Louÿs (1926)
Le Con d’Irène de Louis Aragon (1928)
Le Bleu du ciel de Georges Bataille (1935)
Le Vieillard et l’enfant de François Augiéras (1954)
Thérèse et Isabelle de Violette Leduc (1954)
Histoire d’O de Pauline Réage (1954)
La Marée d’André Pieyre de Mandiargues (1959)
Emmanuelle d’Emmanuelle Arsan (1967)
Cruelle Zélande de Jacques Serguine (1978)
La lectrice de Raymond Jean (1986)
La Chapelle Sextine d’Hervé Le Tellier (2005)

 

LA MATRICE

Le Jeu des billes de verre s’inscrit dans une démarche intertextuelle ®à partir de la matrice:

A BAS! LA LIBERTE

DOWN WITH! FREEDOM

Livre-monde 2012-2020. Ouvrages dérivés (liste non exhaustive) :


. Une inconnue qui ne voudrait plus l’être de vous (livre imprimé sur le dos de la couverture comprenant une photographie d’art et des vues de Paris) – 2013
. Histoire de France selon Moi (mensonge historique / vérité romanesque et réalité romantique) – 2015
. Comment s’occuper (intelligemment) avant la mort (rêves intertextuels et interprétations) – 2012
. La Perceuse B&D et autres modes d’emploi (recueil de poèmes) – 2020
. Sauce chien et autres recettes faciles (livre de cuisine) – 2020
. La mécanique des rêves (ekphrasis suivie d’une analyse) – 2020
. Maximes et aphorisme d’A bas ! la Liberté – 2020
. ZAT (zone à traverser = matérialisation d’écriture) – 2020
. Le Jeu des billes de verre (réponds ! à ma tendresse…) – 2020


Avec Le jeu des billes de verre j’ai tenté une démarche intertextuelle à partir les notices figurant et les notes de bas de page d’A bas ! la Liberté pour créer un livre entièrement nouveau !